Domidom : ne plus perdre notre vie à la gagner
20 octobre 2022 Article Entreprises
À Caen, elles étaient une dizaine en grève ce mardi 18 octobre, mais on ne pouvait pas les manquer. Les auxiliaires de vie de Domidom (filiale du groupe Orpea, environ 840 salariées dans toute la France) ont donné de la voix toute la journée devant les bureaux de l’entreprise, puis dans le cortège d’un millier de travailleurs de l’éducation contre la réforme (ou plutôt la démolition…) des lycées professionnels et enfin au rassemblement interprofessionnel de 17 heures 30.
Elles sont en grève illimitée. Le détonateur de leur colère, c’est le prix des carburants. Leur travail consiste à se déplacer au domicile de personnes âgées pour leur prodiguer des soins. Autant dire qu’elles ne comptent pas les kilomètres. Or, l’indemnité de déplacement n’a pas changé depuis belle lurette : 31 centimes du kilomètre, c’était déjà bien juste pour assurer l’entretien de leur voiture avec le gasoil à 1,35 euro le litre. Aujourd’hui, elles en sont clairement de leur poche.
À vrai dire, c’était déjà le cas avant. Car depuis quelques années, une jurisprudence permet à l’employeur de ne compter comme temps de travail qu’un quart d’heure par déplacement entre deux bénéficiaires. Avec deux conséquences : d’une part, au-delà de ce quart d’heure, le temps passé sur la route n’est pas compté comme temps de travail, mais carrément offert… à Domidom. La deuxième conséquence, c’est que toute minute passée en plus sur la route est une minute de retard de l’auxiliaire sur son planning. Alors Domidom peut bien multiplier les messages de prévention routière hypocrites, c’est bien son organisation du travail qui met en danger les auxiliaires en les incitant à conduire le plus vite possible entre deux domiciles à visiter. Et qui les met aussi sur les nerfs, au risque d’altérer la relation avec les bénéficiaires – même si les auxiliaires sont unanimes à dire que c’est auprès de leur famille, le soir venu, qu’il leur arrive parfois de « se lâcher ».
« Travailler plus pour gagner plus », certaines ont essayé. Faute d’augmentation, avec un salaire rivé au Smic, il s’agissait de s’offrir à la sueur de son front une sorte de treizième mois, car les heures supplémentaires ne sont payées qu’en fin d’année. Mais c’était sans compter la rapacité de Domidom. Les unes se sont vu imposer quinze jours de congé en octobre ou novembre. Les autres ont vu leur planning tomber brutalement à deux heures par jour, de préférence de 8 à 9 heures et 18 à 19 heures… Bref, Domidom a soigneusement vidé leurs compteurs épargne-temps pour lâcher le minimum possible de son magot.
Alors, oui, elles n’avaient jamais revendiqué avant, juste présenté des « petites demandes, en interne ». Mais, là, c’en est trop. Il y en a assez de courir d’un bout à l’autre de l’agglomération de Caen et même au-delà en bousillant sa santé, car une auxiliaire seule ne peut soulever un bénéficiaire en surpoids sans appareillage qu’en abîmant son propre dos, en mangeant au lance-pierres entre deux visites, en tuant le temps des coupures – deux heures de trou en plein milieu de la matinée, ça ne laisse pas le temps de rentrer chez soi, et c’est encore du carburant à payer de sa poche – dans sa voiture faute de pouvoir se payer un café en terrasse !
Elles savent ce qu’elles veulent : des tickets restaurant ou une prime de panier, le paiement des heures supplémentaires, l’augmentation de l’indemnité kilométrique et bien d’autres choses encore, mais surtout 500 euros d’augmentation mensuelle. Car à moins de ça, on peut survivre, mais on ne vit pas.
Correspondant
(Article paru sur le site l’Anticapitaliste)
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